08.05.2008
Scènes sacrificielles et art de vivre
Notre émancipation du théologico-politique est aussi le fruit d’un rejet construit et laborieux du sacrifice. Il n’est jamais allé de soi, et il n’a rien d’acquis. Il reste des scènes sacrificielles dans nos démocraties. Les arènes en font partie.
Nous savons depuis longtemps que la tauromachie est une régression vers le sacrifice. La corrida est souvent présentée comme mettant en scène la mise au supplice de l’animal. Elle doit sans doute être dénoncée comme telle.
Mais nous savons aussi que celui que l’on fait véritablement monter sur la scène sacrificielle - ou descendre dans l’arène -, est le matador. L’homme, ou la femme.
Ce fait d’une clarté aveuglante – celle ou celui qui descend dans l’arène risque sa vie – est comme situé dans un angle mort de notre conscience. Nos discours se focalisent sur l’animal sacrifié, dont l'immolation est le premier pas vers le refus du sacrifice humain. Les arrière-cours de notre esprit vivent, elles, la possibilité du coup de corne fatal.
La mort d’un(e) matador dans l’arène est comme un sacrifice humain à la mode « roulette russe ». Les paroles du couplet disent bien « Toréador, prends garde ».
Alors certains expliqueront que le sacrifice de l’animal – celui de l’être humain – est ethnologiquement et sociologiquement justifié. La tauromachie remplirait une fonction, elle permettrait de libérer la violence qui, à défaut, se déchaînerait contre le corps social.
Cette réponse est une tautologie : si une fonction sociale et même théologico-politique n’avait pas été conférée au sacrifice humain, il n’aurait jamais existé !
Sauf qu’on ne sacrifie pas les êtres humains. Non, cela ne se fait pas.
L’article – encore un - assimilant la passion pour la tauromachie à un art de vivre, publié dans Le Monde du 8 mai 2008, est déplacé. L’éloge d’une réminiscence du sacrifice humain en deuxième page du journal de référence d’une démocratie est une désagréable curiosité.
11:05 Publié dans Fondements - Droits humains , France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, actualité, France, corrida, droits de l'homme, sport, art
07.05.2008
Il n’y a pas de catastrophe naturelle
Ce n’est pas très « naturel », ce qui a semé la désolation en Birmanie ces derniers jours. C’est au contraire assez construit. Il a fallu des années pour parvenir à un tel résultat, des années d’efforts et de rigueur.
Ils ont été déployés par une junte militaire soucieuse de faire son travail de « junte militaire » dans les règles de l’art. C’est avec minutie et constance qu’elle a mises en œuvre les méthodes plébiscitées par tous les criminels politiques : torture – parfois à mort -, terreur, prisons infernales, acharnement sur les femmes des minorités ethniques, répression sanglante, etc…
Prévenue 48 heures avant le passage du cyclone, la junte n’a rien fait. Pourtant, en 48 heures, on peut en faire, des choses ! Des tas ! Mais bon, dans l’esprit de ceux qui ont décidé d’exploiter la peur et la souffrance de millions d’âmes, c’est à dieu va, ça passe ou ça casse, we shall see, etc…
Soyons clairs, la junte n’est pas à des dizaines de milliers de morts près. Nargis n’est qu’un épisode de plus des avanies – terribles et à grande échelle – que les Birmans sont amenés à supporter sous ce régime criminel ET soutenu par l’Etat chinois… qui ne l’est pas moins.
Alors on est bien naïfs de s’étonner que le premier souhait de la junte ait été de maintenir le référendum sur la nouvelle Constitution - ce texte qui n’a pour but que d’enfoncer le peuple birman plus bas que terre.
On est aussi bien naïfs d’être frappés par le refus des criminels au pouvoir de laisser pénétrer des secours dans le pays. Les criminels politiques pensent « pas d’homme, pas de problème ». On se demande bien pourquoi, tout d’un coup, ils se sentiraient émus par le spectacle du désespoir et de la désolation, aussi massifs soient-ils !
Bernard Kouchner se trompe quand il dit que la junte est une "catastrophe dans la catastrophe". C'est Nargis qui n'est qu'une catastrophe dans la catastrophe.
Nargis n’est pas une catastrophe naturelle, c’est un crime politique.
18:40 Publié dans Chine , Fondements - Droits humains , International , Politique Mondiale | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Birmanie, droits de l'homme, politique, actualité, chine, nargis
03.05.2008
La honte comme phénomène politique?
Le cynisme est le sens des circonstances. Il est nécessaire en politique. Certaines circonstances en imposent à quiconque est doté d’un minimum de sens politique.
Angela Merkel recevant le prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle est un évènement qui fait date. La Chancelière allemande est incontestablement une chance pour son pays. Elle lui offre un leadership européen.
En face, nous avons le Président de la République française. Il fait preuve à cette occasion d'un manque de sens politique et des circonstances évidents. Ce n’est pas la première fois, mais il atteint ici un genre de sommet.
A Aix-la-Chapelle, il était chargé de donner le fameux prix Charlemagne à Angela Merkel. Il a malheureusement tourné son discours en un compliment douteux. Quel aveugle ne faut-il pas être pour traiter un Chef d’Etat comme Angela Merkel sur un mode égrillard !
Lui qui n’est pas poète a filé une métaphore déplacée. Il a suggéré au mari de la Chancelière qu’il avait motif d’être jaloux des nuits de travail des deux dirigeants. Il a de surcroît appelé le mari de la Dame par le nom de son ex-époux.
La personne qui avait la carrure d’un chef d’Etat à Aix-la-Chapelle était bien la « femme » Angela Merkel ! Celle qui a tous les attributs de la féminité dame le pion au Président français, en stratégie comme en haute politique.
Ce n’était qu'un autre épisode des incongruités que nous verrons pendant cinq ans. Nicolas Sarkozy permet à un certain type de honte de devenir un phénomène politique.
Par "honte", on entend ici un sentiment qui saisit certains d'entre nous à voir le Chef de l'État évoluer comme il le fait, au quotidien de sa pratique politique, et à savoir qu'il représente la France.
Il ne s’agit pas forcément des grandes hontes, comme celles qui nous saisissent lorsque nous savons que l’exécutif français a agi de telle manière que la France ait des responsabilité dans le génocide rwandais.
Même si Kadhafi est venu à Paris, et même si Nicolas Sarkozy a plié le genoux devant Ben Ali et aussi, sûrement, devant les dirigeants chinois, nous ne parlons pas d'une honte d'une profondeur à donner le vertige, à donner la nausée.
Il s'agit davantage d'une honte issue du sentiment que la communauté politique française est devenue dérisoire. Cette meurtrissure, cette écorchure, n'est pas la plus grave que nous ayons subie. Mais elle nous est infligée avec une régularité de métronome par le Président de la République.
Les actes qui inspirent ce sentiment ne sont enfin pas de nature à nous donner les moyens d'une politique internationale et européenne adéquate. De cette perte de crédit - relative, peut-être -, de la France sur la scène globale, nous pourrions tout de même souffrir à terme.
13:10 Publié dans Femmes , France , International , Politique Mondiale , Union Européenne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Europe, politique, actualité, merkel, sarkozy
02.05.2008
Main de fer dans gant de velours
Les manœuvres de l’oligarchie russe en Abkhazie, le drone géorgien qu’elle a récemment fait abattre, sont autant d’éléments qui doivent renforcer la détermination des démocraties occidentales à protéger la Géorgie, et l’Ukraine. Elles doivent les intégrer à leur cercle.
Ces deux pays ont réussi de remarquables révolutions faisant mentir un quelconque pessimisme historique . Nous partageons avec eux une fraternité en démocratie, même si leur quotidien est plus heurté que le nôtre.
Il faut donc rester rigoureux dans la volonté d’intégrer la Géorgie et l’Ukraine à l’OTAN – intégration qui leur a été promise. Il ne s’agit pas d’attendre complaisamment que la Russie ait trop bien bougé ses pions pour que cette intégration s’avère un jour impossible.
La prudence est de mise pour faire de ces Etats des pays officiellement candidats à l’OTAN. Elle est nécessaire. Mais l’administration Bush a raison de soutenir fermement cette intégration.
Nous pouvons cependant déplorer que l’Union européenne ne soit pas la puissance politique et militaire qu’elle devrait être. La sécurité et la pérennité des démocraties géorgienne et de ukrainienne sont des enjeux cruciaux pour elle.
Pour être à la hauteur des intérêts stratégiques qui la concernent le plus directement, l’UE devrait être à même de leur offrir au minimum une protection militaire, et sans doute une intégration politique.
10:10 Publié dans Etats-Unis , Fondements - Droits humains , France , International , Politique Mondiale , Russie , Union Européenne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique, russie, georgie, démocratie, europe, otan, actualité








