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27.11.2007

Appropriation de l’espace public russe par Vladimir Poutine, un marqueur de la tyrannie

L’espace public en Russie n’est plus public : il est privatisé par Monsieur Poutine pour Monsieur Poutine.

La rue est devenue un terrain de safari privatisé pour chasser les « chacals » (1) , nom donné par le Président russe à ses opposants politiques. Certes, cela fait un moment déjà que les boulevards sont devenus un espace de chasse pour des groupes ultranationalistes. Ils s’en prennent depuis belle lurette et en toute impunité aux personnes de couleur et aux individus dont les traits peuvent rappeler ceux des Tchétchènes.

Le peuple russe ne peut plus arpenter ses rues et ses trottoirs pour mettre pacifiquement l’accent sur un désaccord politique sans craindre la bastonnade et l’emprisonnement. L’opposition politique ne peut afficher sur les murs les slogans politiques qui lui semblent appropriés pour faire campagne pour les législatives à venir. A Saint-Pétersbourg notamment le parti Iabloko, prééminent avant l’ère « Poutine », se heurte à des impossibilités en forme d’impasses.

Dans cette droite ligne, le week-end du 24 au 25 novembre 2007 a été un week-end de répression. Ces jours sombres ont notamment vu l’embastillement et/ou la bastonnade des personnalités politiques de l’opposition les plus en vue. Elles avaient pour point commun de vouloir descendre dans la rue pour manifester pacifiquement contre ce que l’on doit considérer comme l’instauration des fondations d’une dictature en Russie.

A Moscou, Monsieur Gary Kasparov, très célèbre joueur d’échecs et fondateur du parti L’Autre Russie, a été emprisonné alors qu’il manifestait pour dénoncer la mascarade des législatives à venir ; à Nazran, Oleg Orlov, le Président de l’ONG Memorial a été enlevé, battu et relâché, alors qu’il s’apprêtait à participer à une manifestation dénonçant la violence accrue des forces de police envers la population ; à Saint-Petersbourg, ce sont Boris Nemtsov et Nikita Belykh, dirigeants du parti SPS qui présente des candidats aux législatives, qui ont été molestés au cours d’une autre manifestation (2). Et on ne parle pas du sort des citoyens « lambda »…

Les manifestants réunis autour de Gary Kasparov étaient calmes, civiques et responsables, jusqu’à ce que les barbares leur tombent dessus à coup de matraques. Ils les ont attrapés par les bras et parfois les jambes, pour les fourrer dans des fourgons, ces cages sombres émissaires et véhicules du pays où l’on arrive trop souvent en Russie - celui de la dénégation des droits humains et civiques. A ceux qui sont enlevés à leurs vies, fut-ce pour quelques heures, et qui partent dans ces fourgons, s’impose une perspective très plausible et très probable : un jour, ces camions seront ceux d’un aller simple dans les déserts glacés des geôles pour prisonniers d’opinion.

L’espace public n’est plus public en Russie. Il est occupé, réservé à un gang, à une bande de criminels politiques. Ils ont une organisation de jeunesse ces sinistres compères, les « Nachi », les « nôtres ». Les leurs, donc, adeptes de démonstrations de force et de xénophobie ultra-nationalistes, ont décidé qu’ils occuperaient les places jadis publiques pendant la période des élections législatives. Ils s’entraînent (3) . Jeunes et vigoureux, patibulaires à souhait, intimidants, ils donneront une teinte très particulière à la « consultation » à venir.

Peur et soumission, quel programme électoral !





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(1) Cf l’article du Figaro daté du lundi 26 novembre 2007 : « Le Maitre du Kremlin accentue la chasse aux « chacals », Fabrice Nodé-Langlois.
(2) Article cité.
(3) Cf. Marie Jégo, « Les Nouvelles Brigades du Kremlin », in Le Monde, 23/11/07.

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