30.11.2007
Nous ne sommes pas condamnés à voir la maison brûler
Le Président de la République a dit : «Je réfute toute forme d'angélisme qui vise à trouver en chaque délinquant une victime de la société». On a envie de répondre qu’effectivement, les émeutiers sont des délinquants. Les troubles auxquels ils participent ne les servent d’ailleurs en aucune façon et sont marquées du sceaux de l’auto-destruction ; ils doivent être tenus comptables de leurs actes.
Qu’ils soient responsables, délinquants et reconnus comme tel, ne saurait cependant nous faire oublier qu’ils sont aussi victimes d’un système. Ils sont, préalablement à leurs actes de violence, des laissés-pour-compte relégués dans des territoires qui sont parfois des catalyseurs de handicaps sociaux et économiques. Un certain nombre de personnes qui ont grandi dans les périphéries « problématiques » réussissent cependant à s’insérer professionnellement et sont des modèles de réussite sociale. Nous savons cependant que des individus qui ont évolué dans des contextes plus porteurs et qui ont bénéficié d’un contexte éducatif favorable, peinent à s’en sortir et côtoient parfois le découragement.
On attend néanmoins aujourd’hui d’adolescents mal lotis dès le départ de faire preuve d’une force intérieure, d’une clairvoyance et d’une détermination si exceptionnels qu’ils pourraient résister au désespoir et s’engager massivement dans des démarches constructives pour eux et pour la société. Si l’on en en croit les témoignages d’assistantes sociales, si l’on se fie à la baisse des subventions associatives rapportées par les acteurs de terrain, si l’on écoute tout simplement la manière dont l’Exécutif s’exprime à propos des adolescents et des jeunes adultes des banlieues sensibles, on comprend que cette absurde manière de penser est plus prégnante que jamais.
Un phénomène rend les choses encore plus difficiles: pour oublier et/ou surmonter les problèmes structurels auxquels ils sont confrontés, ces jeunes choisissent de se raccrocher trop souvent à des représentations et à des idées qui vont à rebours du pacte républicain. Ce choix qu'ils font les éloigne de la société française et risque de mettre tout autant en péril la paix sociale que les actes de délinquance qu'il peut d'ailleurs inspirer. On se trouve alors en effet face à un problème d'autant plus difficile à régler qu'il ne relève pas uniquement de la délinquance mais renvoie à une remise en cause du pacte social.
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Le Président a aussi dit: "Je réfute toute forme d'angélisme qui vise à trouver (…) en chaque émeute un problème social". Si ce n’est pas un problème social, qu’est-ce alors que les émeutes qui ont enflammé Villiers-le-Bel? Si ce n’est pas une crise sociale, qu’est-ce alors que cette situation où des quartiers périphériques de grandes villes sont prêts à s’embraser en des occasions très spécifiques ? A quel type de crise aurions-nous donc affaire ? Monsieur Sarkozy nous donne la réponse : nous sommes confrontés à un problème politique ; c’est à cause de la « voyoucratie » qui prend le pouvoir dans certaines banlieues.
Le « voyoucrate » est peut-être dans son esprit un ennemi de l’intérieur, qui appartient à un mouvement structuré politiquement, agissant de manière délibérée et concertée. Le « voyoucrate » et son organisation seraient-ils alors à l’origine des émeutes urbaines que l’on déplore en cette fin novembre 2007, et que l’on a vécues en 2005? Dans le cadre de cette analyse, l’exécutif français aurait toute légitimité pour définir son action selon une approche répressive: les organisations qui, comme la « voyoucratie » contesteraient l’état de droit et la République, ne sauraient facilement réclamer une prise en charge dans le cadre de politiques qui soient aussi sociales.
C’est une manière de présenter les choses qui permet de légitimer un raisonnement et une action sécuritaires pour aborder les problèmes des «territoires perdus de la République». Monsieur Sarkozy prend le risque de dresser les Français les uns contre les autres – ce que d’aucuns craignaient qu’il fît en arrivant au pouvoir –, et donne de dangereuses munitions intellectuelles aux boute feu. Que des éléments de remise en question du pacte républicain soient apparus dans un certain nombre d'esprits est très très loin de signifier qu'il y ait une quelconque organisation du phénomène en "voyoucratie", puisque c'est sans doute à cela que renvoient les paroles de Monsieur Sarkozy. Si c'était le cas, ce que l'on ne pense pas ici, ce serait un échec retentissant de Monsieur Sarkozy au ministère de l'intérieur.
En tout état de cause, nous ne sommes pas condamnés à voir la maison brûler.
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Publié le 30/11/2007, modifié le 02/12/2007
13:05 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Villiers-le-Bel, émeutes, voyoucratie, guerre, social, démocratie
















Commentaires
La preuve - bon retour dans la blogosphère !
Ecrit par : FrédéricLN | 28.12.2007
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