« Le PCC nous la joue à l’envers | Page d'accueil | Tête à tête meurtrier »
24.04.2008
XXII v’là XXI
Le deuxième numéro de l’excellente revue XXI comporte une interview de Jean de Maillard. Son sous-titre est «Comment l’économie criminelle dessine le monde de demain» . Elle revient notamment sur l’osmose qui intervient entre l’économie trafiquante et illégale, et l’économie financière globalisée.
«Une chatte n’y retrouverait pas ses petits». Il est très difficile d’identifier et éventuellement réprimer les acteurs et prises de participation délictueux au sein de l’économie financière globalisée. Les Etats sont en charge de cette tâche d’identification, de prévention et de répression des crimes et délits. Ils n’en n’ont pas plus les outils que les économistes n’ont les moyens de penser cette nouvelle réalité économique mondiale.
Jean de Maillard dit : «Les Etats sont au point de rencontre de deux univers. Ils sont les garants de l’ordre social dans un univers qui conserve une séparation entre l’espace et le temps (…). Mais ils sont en même temps obligés d’être les garants d’un monde dans lequel l’espace-temps est indifférencié, celui de la mondialisation économique et financière (…) » .
A la question posée par Jean-Claude Raspiengeas : «Comment résoudre la contradiction ?», Jean de Maillard répond : «La solution est dans la « schyzophrénie ». D’un côté, l’hyper-contrôle, avec un Etat qui réglemente d’autant plus la vie quotidienne qu’il a perdu la maîtrise de l’économie. De l’autre, l’hyper-juridisme, qui créé de multiples écrans au nom du droit des justiciables et du respect de la souveraineté des paradis fiscaux».
Il y a beaucoup à dire sur cet article et sur ces extraits. Il est notamment intéressant de relever l’accent mis sur la référence à «l’hyper-contrôle» de l’Etat sur le citoyen lambda et sa réalité quotidienne. L’hyper-contrôle mis en place par l’Etat fait écho à cette effrayante manœuvre d’encerclement du citoyen qui est actuellement en cours de la part de l’Etat français.
L’Etat est saisi de logiques inhérentes à la bureaucratie. Il est happé par la fascination de la statistique et de la maîtrise. Le mirage des miracles technologiques exerce lui aussi son rôle de tentateur pour faire reculer la sphère de la liberté des citoyens, et celle de son intimité.
Prenons par exemple le fichier STIC. Il autorise déjà les policiers à demander à une victime qui porterait plainte pour le vol de son baladeur si elle a... le permis de conduire. Le policier peut demander – il y est fortement encouragé – l’état matrimonial du plaignant; s’il est divorcé, depuis quand il l’est et quel est le nom de l’ex-époux(e) !
Quel rapport avec l’affaire ? Aucun, et alors ? Vous avez quand même le droit d’être mis à nu par les fichiers de la police nationale. Le plaignant est en droit de se demander s'il est suspect.
La mise en place du fichier Ardoise qui devrait remplacer le STIC, est donc une perspective extrêmement inquiétante. Renforçant les tendances inquisitrices du STIC, Ardoise devrait notamment porter mention de l’orientation sexuelle des plaignants et des accusés.
Alors quoi ? Quelqu’un portant plainte pour un vol de baladeur devra-t-il décliner son état d’homosexuel, de bisexuel, ou d’hétéro de stricte observance ? Devra-t-il décliner son statut d’alcoolique parce qu’une petite frappe lui a volé son lecteur MP3 ? A ce tarif, on préfère encore faire le deuil de l’appareil et de la plainte !
D’autres dispositifs font du citoyen un être surveillé, soumis à des contrôles constants. En vrac, nous pensons à Navigo - dont une version anonyme sera finalement disponible ; nous pensons à la posibilité qui devrait être ouverte au Ministère de l’Intérieur de pénétrer en temps réel dans les ordinateurs de certains suspects ; ou à la multiplication des caméras de surveillance qui transforment l’espace public en un «espace pour l’Etat».
Les citoyens deviennent d’ailleurs des « citoyens pour l’Etat ». Leur quotidien devient un exercice en temps réel d’information des entreprises et de l’Etat, tenus au courant de ce qu’ils font et ce qu’ils sont.
Le pendant de cet hyper-contrôle est, selon Jean de Maillard, l’organisation d’une impunité au profit de certaines catégories d’acteurs – personnalités et/ou organisations coupables de crimes et délits. Elle se bâtit sans aucun doute au corps défendant du législateur et de l'exécutif.
Il serait très intéressant de revenir sur le lien établi par ce magistrat - Jean de Maillard - entre le contrôle de légalité impossible au sein de la sphère financière, et l’hyper-contrôle pesant sur le citoyen.
Quoi qu’il en soit de ce lien, le décalage existant entre le citoyen lambda universellement surveillé – et donc soupçonné – et la latitude laissée - pour cause de complexité excessive - aux acteurs de la globalisation financière, est très frappant. Detlef J. Kotte parle en effet dans un entretien accordé au journal Le Monde de l’«anarchie financière » et de « l’absence de règles dans le domaine des échanges financiers ».
Ce décalage et le fait que nous le tolérions est probablement le marqueur du fait que nous soyons rentrés – rentrions ? – dans une nouvelle société, ce dont Jean de Maillard est certain. Cette société ne fait, dirait-on, pas beaucoup de place aux libertés fondamentales – libertés publiques, et aussi liberté de l’intime.
Mais où sont les anars?
Cf. Jean-Claude Raspiengeas, « Entretien avec Jean de Maillard ; comment l’économie criminelle dessine le monde de demain », in XXI, n°2, printemps 2008, pp. 156-167.
Pour la suite de l'article: c'est ici !!!
11:00 Publié dans Fondements - Droits humains , France , International , Politique Mondiale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, économie, france, droitshumains








