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19.05.2008
Fortifications et suspicion : à la recherche de l’ennemi intérieur?
Embrassons d’un même regard ce qui filtre du Livre Blanc sur la Défense à venir, et l’intrusion croissante de l’Etat dans l’intimité des citoyens français.
D’après un article du journal Le Monde, le Livre Blanc sur la Défense mettra l’accent sur la protection du territoire français. Les capacités de projection militaire à l’étranger seront réduites du même mouvement.
Les OPEX – opérations extérieures - coûtent sans doute cher, mais elles sont une condition sine qua non de notre capacité à influer sur l’évolution du monde, pour servir - aussi - notre sécurité et nos intérêts.
Le déploiement de troupes en Afghanistan doit ainsi être pensé en fonction de ce souci d’avoir prise sur une évolution de la scène internationale qui nous concerne au premier chef.
Nous pouvons par ailleurs noter que cette réduction des capacités de projection hors du territoire français semble contradictoire avec la volonté affichée de redéfinir la présence de la France au sein de l’OTAN.
De même, il ne semble pas que cette décision aille dans le bon sens à un moment où il semblerait que Washington soit plus ouvert à une « défense européenne ».
Le choix de se focaliser sur la protection et sur le terrorisme est présenté comme suit par le journal Le Monde : « Un contrat opérationnel prévoit que quelque 10 000 soldats seront chargés de faire face à différentes menaces sur le territoire national, qu'il s'agisse du terrorisme, des catastrophes sanitaires, des cyber-attaques et de la menace NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Le texte insiste sur les capacités d'alerte et la mutualisation des moyens étatiques qui devra être envisagée ».
Cela appelle plusieurs commentaires. L'un d'eux est que si le terrorisme est une menace authentique, le Ministère de l’Intérieur s’en occupe déjà très largement sur le territoire national - il va de soi que cet enjeu est interministériel et intéresse aussi les Ministères des affaires étrangères et de la Défense.
A l'heure actuelle, le Ministère de l’Intérieur semble d'ailleurs faire de tous les citoyens des suspects en puissance, par le biais de mesures telles que : lecture des plaques minéralogiques et prise de photographie des passagers des véhicules ; la vidéosurveillance ; les données de connexion ; l’accès à certains fichiers administratifs; l’accès aux données des voyageurs.
Nous pouvons donc légitimement nous demander s’il est réellement nécessaire d’en rajouter une couche en impliquant davantage encore dans la surveillance du territoire français les militaires.
Nous pouvons en effet légitimement craindre que ne soient encore déployés à cette fin des moyens renforçant encore l’intrusion de l’État dans nos vie, et le renforcement de la surveillance qu’il exerce sur les citoyens.
A ce titre, nous devons mentionner le passage en force concernant le passeport biométrique – pièce d’IDENTIFICATION plus que d’IDENTITE -, qui n’exigera pas moins de 8 empreintes différentes de notre corps pour être valide.
Pour mémoire, nous ne sommes pas des êtres pour l'État, mais des citoyens vivant en démocratie.
Cette évolution de la conception de la politique de Défense intervient alors même que les raisons de conserver aux militaires leur capacité d’intervention dans de bonnes conditions sur des théâtres extérieurs ne cessent de croître.
Le choix du gouvernement et de la Commission du Livre Blanc dans cette affaire pousse à s’interroger : les projets établis pour la Défense sont-ils connectés de quelque manière que ce soit à des considérations de politique étrangère ? Il est vrai que l’exécutif français témoigne de tout sauf d’un projet politique unifié en la matière.
La France deviendrait-elle autiste, à traiter ce qui se passe dans le reste du monde pour quantité négligeable – et il n’est pas question ici d’économie –, et à scruter ses citoyens et son territoire comme si la décision ne se jouait que là en matière de sécurité du pays ?
Ce n’est pas en altérant comme nous le faisons actuellement nos libertés publiques et individuelles, et en fragilisant ce qui fait notre assise que nous gagnerons en sécurité.
Bien au contraire. Notre régime politique déjà très attaqué de toute part est au contraire fragilisé de manière inquiétante par ces choix successifs. Or il constitue notre principale richesse.
Rappelons aussi que les communautés politiques qui se scrutent excessivement et se défient d’elles-mêmes finissent dans l’auto-cannibalisme.
11:25 Publié dans Fondements - Droits humains , France , Politique Mondiale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Politique, France, Défense, actualités, international, europe, démocratie
Commentaires
L'État a de plus en plus de difficultés à se maintenir dans ses prérogatives, il est miné de toutes parts. Le meilleur moyen est donc de manifester sa puissance remise en cause par les déboires sociaux qu'il créé à l'aide de l'armée. Et le peu d'histoire qui reste ne nous rappelle pas que le fait de faire régner l'ordre par l'armée, est une démarche d'abolition de la "démocratie", et ensuite que lorsque cette armée, qui règne déjà dans les rues de Paris sous prétexte de sauvegarde de la population contre le "terrorisme", n'est rien de moins qu'une guerre civile : l'État contre sa population.
J'ai lu, il y a quelques temps, que les militaires, au lieu de s'entraîner dans des camps suivant les instances connues et habituelles de la guerre, en rase campagne, s'entraînent maintennant dans des villages ou des quartiers de ville spécialement reconstitués, de sorte à pouvoir s'assurer de la victoire sur des troupes rebelles précisément localisables dans les villes (et non plus à la campagne).
Le maintien de l'ordre relève de l'État, mais c'est toujours l'ordre de l'organisation sociale présente, et de ses rapports sociaux, justement très contestables, qu'il cherche à préserver, sinon même par la force dite "publique" !
En poussant plus loin, on peut dire aussi que le désordre public que nous montrent les partis politiques, et le désintérêt concommitant qu'ils ont pour la "chose publique" réelle, permet comme par une complicité par défaut que cet État se renforce, puisque leur propre structure n'est plus capable de maintenir suivant une orientation "politique" ni ses troupes, ni le reste de la population désorientée. Et c'est précisément ce que cet État craint le plus, car cette désorientation permet à des atomes sociaux de trouver à s'éparpiller ici et là et à faire, pour la plupart, n'importe quoi, hélas !
Ecrit par : kristaristeau | 19.05.2008
Bonjour,
J'ai trouvé ce texte : http://www.blog-libre.net/resserver.php?blogId=327&resource=i2d_%231_vigiles.pdf
qui corrobore votre analyse de notre situation ; mais en mettant le doigt sur un aspect "discret" de cette oppression.
J'ai apprécié le texte entre les page 6 et 12.
Ecrit par : Christian | 23.05.2008
Bien qu'ayant une tête sympathique, je me fais fréquemment arrêter pour des contrôles d'identité.
Les fonctionnaires en charge de la chose sont généralement des jeunes gens formatés par leur profession et très remplis de leurs missions.
Comme tous les petits poulets nouveau-nés, ils font du mot pour mot de ce qu'on leur a appris.
Ce qu'on leur a appris baigne dans une agressivité fort déplaisante et se teinte d'un sentiment d'impunité très déprimant pour l'administré contrôlé.
Il n'y a que les uniformes qui permettent d'attester que l'on a pas à faire à des voyous.
On peut connaître les intentions profondes d'une administration sans avoir à poser de micros sous le bureau du ministre.
Son idéologie mal digérée est régurgitée par l'inconscient des jeunes recrues.
Ecrit par : Gilbert | 29.05.2008
@ Christian:
Merci beaucoup pour le lien!
@ Kristaristeau :
"cette désorientation permet à des atomes sociaux de trouver à s'éparpiller ici et là et à faire, pour la plupart, n'importe quoi, hélas": ce que vous décrivez se rapproche de l'un des critères utilisés pour définir le totalitarisme.
Il y a des graines de choses déplaisantes qui se plantent dans le terroir de notre "vivre ensemble"!
@ Gilbert:
"Ce qu'on leur a appris baigne dans une agressivité fort déplaisante et se teinte d'un sentiment d'impunité très déprimant pour l'administré contrôlé"...
"Très déprimant pour l'administré contrôlé" = très représentatif de ce que l'on peut ressentir, même en tant que simple témoin.
Par esprit d'équité, précisons: la seule fois où j'ai eu affaire à des policiers, ils ont été très bien.
Votre note me fait penser à ce film: "Très bien, merci" (http://www.youtube.com/watch?v=CD4u9vbrXlk ). Il fait mouche, il est très "utile". Il rejoint le désagréable sentiment (encore un) ressenti lorsque l'on passe parfois auprès de certains représentants de l'ordre...
Ecrit par : Jennifer | 29.05.2008















