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24.06.2008

Lethal weapon

La répression politique, la peur et le sang sont au rendez-vous de la campagne pour le deuxième tour des élections présidentielles au Zimbabwe. Cela fait deux mois que nous nous doutons de ce qui va venir. En deux mois, les Etats de l’Union Européenne auraient pu travailler ensemble ouvertement pour faire pression sur l’UA d’une manière ou d’une autre pour qu’elle lâche Mugabe, qu’elle le pousse à quitter le pouvoir. Nous n’avons rien observé de tel.

De même, le Président sud-africain pourrait de toute évidence jouer un rôle en faveur du peuple zimbabwéen beaucoup plus significatif et moins ambigu que n’est le sien aujourd’hui. Or il est certain qu’une action concertée de l’UE auprès de ce chef d’Etat eut pu modifier son traitement de la situation. Las, cela n’a pas été une priorité.

En tout état de cause, en se complaisant à traiter comme des amis les tyrans présents au sein de l’OUA, les pays d’Europe affaiblissent leurs capacités d’action diplomatique. Ils en auraient pourtant besoin pour sauver des vies, et aider des peuples à se libérer des criminels qui les oppressent.

De fait, les démocraties occidentales doivent assistance à toute population qui voit ses droits fondamentaux bafoués. Cette assistance doit avant toute choses être vigoureusement politique ce qui, paradoxalement, nous coûte plus que de dépêcher des vivres ou de l’assistance médicale aux communautés humaines maltraitées par des criminels.

Pourtant, faire cet effort est essentiel et efficace. Le travail effectué sur place par les citoyennes et les citoyens désireux d’être rétablis dans leurs droits fondamentaux ouvre la voie à des espaces politiques pacifiés et prospères. Ces acteurs ont juste besoin de notre aide active – armée au besoin.

Ainsi, au Zimbabwe, en terrain extrêmement hostile, des opposants politiques se dressent avec grand courage pour faire jouer l’alternance à la tête de l’Etat. Tel est le cas de Morgan Tsvangirai, président fondateur du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), et des très nombreux militants qui l’accompagnent. Leurs vies sont aujourd’hui menacées.

En effet, le MDC a battu Robert Mugabe au premier tour des élections présidentielles d’avril 2008. Ce scrutin a été gagné par les opposants à la tyrannie et le despote refuse d’en reconnaître les résultats. Il nous rappelle bien d’autres consultations électorales, elles aussi organisées par des despotes avides de puissance. Nous pensons notamment à celles qui se sont tenus au Togo - en 2005 notamment.

De fait, alors qu’en Europe nous traitons la démocratie et les valeurs qui la sous-tendent comme un bien de peu de valeur, ce régime politique et ces valeurs politiques fascinent les tyrans. Les despotes veulent s’en réclamer et les craignent comme la peste. Pour eux, la démocratie est un lethal weapon dont ils voudraient bien se rendre maîtres.

Les dictateurs savent, eux, que ce régime politique et les droits humains sur lesquels il repose sont notre plus grande force – économique, politique et sociale -, et notre arme la plus redoutable. Dépourvus de la légitimité sans laquelle un régime politique est en sursis, les despotes savent où elle se puise. Ils organisent donc des élections-mascarades pour se donner du lustre et de la longévité.

Généralement, lorsqu’est donné ce mauvais théâtre, les chefs d’Etats démocratiques regardent ailleurs. Souvent aussi, à l’issue de cette grossière manipulation, ils font mine de reconnaître le tyran pour leur pair. Trop souvent, nos responsables politiques acceptent la fausse monnaie pseudo-démocratique que leur tendent les usurpateurs, et leurs donnent l’onction démocratique que le peuple leur a refusé. Ce n’est pas ce qui s’est passé pour le Zimbabwe.

Au Zimbabwe, les Etats-Unis ont vigoureusement dénoncé la mise en scène de Robert Mugabe. L’Union Européenne n’a quant à elle pas été à la hauteur de l’enjeu. Aujourd’hui, donc, Morgan Tsvangirai annonce qu’il ne participera pas au deuxième tour de l’élection. Il a bien raison, puisqu’agir autrement serait s’offrir en sacrifice, lui et les siens.

Réagissant de la manière la plus saine qui soit, cet opposant fait aussi preuve d’efficacité stratégique. Ce point a été souligné ce matin du 24 juin 2008 par l’un des auditeurs de RFI, au cours de la deuxième partie de l’émission « appels sur l’actualité » - qui portait sur le thème : « Zimbabwe : Morgan Tsvangirai se retire».

En effet, en se retirant, le chef du MDC déporte la pression sur Mugabe, alors qu’il n’aurait de toute manière rien à attendre à se présenter au deuxième tour de l’élection. De fait, lors du premier, il a démontré ce qu’il y avait à démontrer : Mugabe est un dictateur que rejette le pays dont il s’est fait le geôlier.

Un autre auditeur a évoqué la sénilité à propos du « père de l’indépendance » devenu oppresseur. En effet Robert Mugabe a proclamé qu’il tient son pouvoir de Dieu, et que seul Dieu le lui reprendra. Peut-être le tyran n’est-il pas du tout sénile : le recours au théologico-politique est le plus vieux des moyens pour perpétuer ad vitam æternam une domination sur les sociétés humaines.

Aujourd’hui, il serait consternant d’abandonner à leurs tortionnaires les Zimbabwéens qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour se libérer du dictateur. Surtout, nous ne saurions arguer du fait que l’opposition a renoncé pour nous résigner à ce qui vient : elle y a été contrainte par la violence, et le scrutin à venir ne renvoie qu’à de pseudo-élections.

20:35 Publié dans Afrique , Fondements - Droits humains , France , Politique Mondiale , Union Européenne , Zimbabwe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Afrique, Zimbabwe, International, droits de l'homme, union européenne, actualité