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26.06.2008

Scène de violence avec humiliation

d780cc6c1e537649b03ef906398115c3.jpgLa présentation qui a été faite par les médias en général - et par un certain nombre de journaux télévisés en particulier -, de « l’affaire de la gifle » ne pouvait manquer de provoquer l’adhésion du public à la cause de l’enseignant, au détriment de celle de l’enfant de 11 ans. Cet état de fait est dû au choix des éléments saillants de l’affaire telle que présentée par les journalistes.

En effet, les deux points les plus souvent retenus par ces professionnels en l’occurrence mal inspirés ne faisaient qu’inciter à la solidarité avec le professeur. Le premier de ces éléments est que l’enfant a traité de « connard » un enseignant dont la réaction a été de le gifler – et de l’avis général, ce sont des choses qui peuvent arriver et sont « compréhensibles » dans le cadre tendu dans lequel les enseignants font leur métier aujourd’hui. Par ailleurs et dans ce contexte, la mention sans aucune explication ou réflexion du fait que l’enseignant encourrait cinq ans de prisons et 75.000 euros d'amende pour de tels faits ne pouvait que renforcer ce sentiment de solidarité, et susciter un vif sentiment d’injustice parmi les citoyens-auditeurs-téléspectateurs.

Cependant, insister sur la présentation circonstanciée de ce qui s’est réellement passé aurait déjà pu permettre d’envisager le procès à venir de manière plus équitable pour l’enfant « corrigé ». En effet, l’enseignant aurait tout de même délibérément fait tomber à terre les cahiers de l’élève qui étaient encore sur son pupitre au titre que celui-ci rechignait à les ranger, et ce de manière provocante. A la suite de quoi, le professeur aurait tout de même usé de son avantage physique incontestable – il pèse, paraît-il, quelques cent kilos – pour pousser l’enfant vers la sortie. Celui-ci, qui n’a que onze ans, a eu une réaction qui n’a rien de mature et qui est passible des sanctions habituellement pratiquées dans un cadre scolaire. Il a traité l’adulte qu’il avait en face de lui de « connard », et c’est vu en réponse retourner une gifle. Ce qui est inacceptable.

3942beda8d09e2bfafa89f18dc745b48.jpgLe procureur de la République d'Avesnes-sur-Helpe en charge du procès, Bernard Beffy, a livré une juste analyse de la situation. Le journal Le Point rapporte en effet qu’il a estimé dans son réquisitoire : "Ce n'est pas une gifle, c'est une scène de violence. Au-delà de ces violences, il y a une volonté d'humiliation". Une scène de violence avec humiliation dans une école de la République, c’est tout de même d’une certaine gravité.

Aussi ne comprend-on pas ici que l’on passe de la perspective d’une peine de cinq ans de prisons et à 75.000 euros d'amende agitée comme un chiffon rouge parce qu’excessive, à une réquisition portant sur une amende de 800 euros ! Sans doute la pression de l’opinion, l’œuvre des journalistes qui n’ont pas tous été finauds sur ce coup-là, et la pétition des enseignants en soutien à leurs collègues – et peut-être d’autres acteurs ? -, ont-ils joué ici. Le choix fait par le procureur n’en n’est pas pour autant satisfaisant.

Une certaine partie de la population française reste favorable aux châtiments corporels pour les enfants, et ce notamment dans le cadre familial. Pourtant, un argument assez efficace – mis en avant par les spécialistes de la protection de l’enfance - est opposable à ce type de prises de position : les adultes trouvent - à juste titre - très normal que les châtiments corporels aient été supprimés dans nos États de droits pour ceux qui sont reconnus coupables d’infractions à la loi. Pourquoi donc estimer légitime d’en infliger à des êtres plus fragiles que nous, en voie de constitution de leur identité, et dont la responsabilité légale n’est – heureusement - nullement reconnue?

A ce titre, la lutte du Conseil de l’Europe contre la fessée n’a rien de dérisoire, bien au contraire. La question de l’intégrité physique des enfants et la lutte contre leur maltraitance est juste fondamentale pour le respect des droits humains. Ce n’est pas dire que - de manière plus générale - le Conseil de l’Europe remplisse correctement sa mission, mais c’est là un autre débat.

12:10 Publié dans Fondements - Droits humains , France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gifle, politique, france, droits de l'homme, europe, société, actualité