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03.07.2008

La grande bonne nouvelle et les ratés français – Ingrid Bétancourt est libre !

e7982257369c905583ee55abdda91695.jpgIl est rare que nous recevions par les ondes une nouvelle aussi manifestement heureuse et joyeuse: Ingrid Betancourt est libre! Elle restera à n’en pas douter une figure mythique pour la communauté nationale, et sans doute au-delà. Nous disposons à présent d’une héroïne contemporaine, figure de la persévérance et du courage.

Cependant, si l’on y regarde de plus près, un certain nombre de conclusions seront à tirer de la stratégie déployée par la France pour tirer la franco-colombienne de ce très mauvais pas. Et la première des évidences est que la diplomatie française a fait radicalement fausse route.

L’exécutif français, ainsi qu’un certain nombre de représentants de la société civile, ont été très critiques de la politique du Président Uribe – qui n’est certes pas la perfection incarnée – et ne l’ont guère considéré comme un interlocuteur utile dans cette affaire.

Nous avons oublié, dans notre métropole, que la Colombie est engagée avec les FARC dans une véritable guerre. Aussi, nous avons vertement critiqué les assassinats des dirigeants de la guérilla, Messieurs Marulanda, Reyes, et Rios. Pourtant il s’agissait de véritables succès militaires, ouvrant de nouvelles perspectives à la Colombie. Cela, RFI l’a mis en avant en mai dernier.

Peu nous a chaut que les chefs tués aient été des criminels, chefs d’un mouvement meurtrier et tirant sa grande richesse des narcotrafics. Au contraire, le Président Sarkozy a décidé de s’adresser à Monsieur Marulanda, faisant appel à son humanité (sic).

Ce faisant, le Chef de l’exécutif français se plaçait dans une ligne Chavezo-compatible. C’est en effet vers le would-be président à vie du Venezuela qu’il a décidé de se tourner pour venir en aide à Ingrid Betancourt. La diplomatie française s’est en quelque sorte constituée otage du Président Hugo Chavez.

Pendant que ce dernier faisait de grandes démonstrations de diplomatie pour intéresser la France, il entretenait visiblement des liens amicaux avec la guérilla criminelle des FARC. De même, son « engagement » au profit de l’otage franco-colombienne chère à nos cœurs lui a permis de faire passer des pilules très amères.

L’Exécutif français a ainsi fait mine d’ignorer le caractère anti-démocratique du référendum heureusement raté pour changer la constitution du Président vénézuélien. Ce faisant, notre pays a en quelque sorte trahi le peuple du Venezuela... et ses propres fondamentaux politiques.

Sans doute l’activisme diplomatique de notre Chef de l’Etat a-t-il permis de faire en sorte que le sort d’Ingrid Betancourt soit un sujet d’inquiétude mondialisé – et nous pouvons supposer que cela a joué un rôle dans sa libération, quel qu’il soit.

Cependant, le spécialiste Gilles Pérez, intervenant ce matin sur RFI, a clairement souligné combien les initiatives françaises au profit de l’otage ont été marquées du sceaux de la dramatique méconnaissance des réels tenants et aboutissants de l’affaire par nos décideurs et diplomates.

En effet, ce journaliste rappelle par exemple que la France a offert de l’argent aux FARC pour la libération d’Ingrid Betancourt. Or il s’agit d’une guérilla extraordinairement riche.

De même, il souligne combien les interventions sur place de notre pays – telles que l’envoi d’un avion-hôpital à la lisière de la zone contrôlée par les FARC – a relevé d’opérations de pieds nickelés.

La libération d’Ingrid Betancourt est une merveilleuse nouvelle. Elle le sera encore davantage si elle nous pousse à revenir de manière critique sur notre action diplomatique dans cette affaire. De fait, plus d’une fois nous aurions pu nous demander si nous ne faisions à l’otage Ingrid Betancourt plus de tort que de bien.

Mais la voie de l’autocritique et de l’analyse rigoureuse n’est peut-être pas encore ouverte à l’Elysée. En effet, le discours que Nicolas Sarkozy a tenu hier soir à l’annonce de la bonne nouvelle, ne semblait pas forcément aller dans ce sens.

Histoire de conforter en dépit de tout bon sens ses choix diplomatiques, il a abondamment remercié Hugo Chavez, la Suisse, l’Espagne… Et pourquoi pas le Swaziland et les Îles Moustiques ? Les seuls remerciements qu’il aurait dû formuler - dans un premier temps - devaient s’adresser au président Uribe, et uniquement à lui.

Par ailleurs, la suite du discours du Président de la République est assez gratinée. En effet, ne propose-t-il pas aux guérilleros des FARC désireux d’abandonner la lutte armée de les accueillir… sur le sol français ? Merci du cadeau !

De même, Monsieur Nicolas Sarkozy a de manière inexplicable mentionné le soldat Chalit à la fin de son allocution. Il est évident que la libération de ce dernier dans de bonnes conditions est d’une très grande importance. Mais que vient-il faire ici ?

Enfin, à l’heure où notre Chef de l’exécutif français traite l’armée nationale d’une manière particulièrement légère, il est sain de rappeler que c’est l’armée Colombienne qui a libéré Ingrid Betancourt. Ce qui est, décidément, une excellente nouvelle !

09:10 Publié dans Amérique latine , France , International , Politique Mondiale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Politique, actualité, Ingrid Betancourt, Betancourt, France, Sarkozy, Colombie