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10.07.2008

Il n’y a pas de démocratie « à l’africaine »

18fe93c598c8d6d52b936c649bf14b52.jpgL’Union africaine a milité pour la mise en place d’un « gouvernement d’union nationale » au Zimbabwe. Cette organisation ne jouit d’aucune légitimité démocratique puisqu’une partie très conséquente de ses membres est constituée de dictateurs. Cependant, il est intéressant de noter qu’il est fait référence à une « union nationale » pour la constitution du gouvernement zimbabwéen.

Utiliser cette expression revient à mettre sur un pied d’égalité Robert Mugabe et sa clique violente d’une part, et Morgan Tsvangirai et les militants démocrates d’autre part. Pourtant, le dictateur Mugabe qui dépouille les Zimbabwéens de leurs droits fondamentaux ne représente que lui-même – un criminel parmi les criminels. Au contraire, Morgan Tsvangirai qui met sa vie en danger avec ses collègues démocrates pour un changement de régime dans son pays représente légitimement les citoyens du Zimbabwe.

En aucune manière Robert Mugabe ne saurait être reconnu comme représentant une quelconque partie du peuple zimbabwéen. Or c’est le contraire que sous-entend l’utilisation de l’expression « union nationale ». Le fait qu’il soit perçu par certains comme l’un des pères de l’indépendance de son pays ne change rien au fait que Robert Mugabe n’est qu’un meurtrier qui a confisqué le pouvoir à son profit et à celui d’un clan intéressé à ses prébendes.

Proposer la constitution d’un exécutif dans lequel le démocrate Morgan Tsvangirai cohabiterait avec Robert Mugabe reviendrait pour nous à accepter que notre Président élu démocratiquement cède la majeure partie de son pouvoir à un mafiosi ultra-violent. Celui-ci se verrait placé à la tête de l’Etat au titre qu’il a à son actif des dizaines de meurtres et d’actes de torture ! Il n’est pas sûr que cela nous garantirait des lendemains qui chantent.

Ce n’est tout simplement pas imaginable. Or pour justifier ce type de proposition exécrable formulée pour le Zimbabwe, nous entendons parler des spécificités de l’Afrique, et du fait que son étrange climat et ses surprenantes latitudes seraient telles que la démocratie ne saurait y avoir le même sens ni les même manifestations qu’en « Occident ».

Ce type de raisonnement ne fait rien moins que postuler que les Africains sont moins humains que les autres, et qu’ils sont inaptes à la démocratie. De plus, ces arguments sont déployés en feignant d’oublier que les trois-quarts des dirigeants au pouvoir sur le continent le sont grâce à leur recours à la violence, au mépris de leur population, et parfois avec le soutien de démocraties oublieuses d’elles-mêmes dès qu’elles agissent en-dehors de leurs sacro-saintes frontières.

Morgan Tsvangirai en avait appelé dans un premier temps à une intervention militaire au Zimbabwe pour déloger le criminel de la place qu’il s’est arrogé à la tête de l’Etat. Et de fait, pense-t-on réellement que le Zimbabwe retrouvera sa souveraineté démocratique en empruntant exclusivement la voie de la négociation ?

C’est peu probable avant de nombreuses années, voire des décennies : ceux qui sont au pouvoir actuellement dans ce pays ne tiennent pas à le lâcher. A la tête du Zimbabwe, il y a Robert Mugabe et sa clique violente. Certains espèrent que lorsque celui qu’ils appellent le « vieil homme » aura passé l’arme à gauche, il sera possible de passer à autre chose. C’est une lourde erreur : l’entourage du vieux paranoïaque ne sera jamais prêt à céder le pouvoir.

10:00 Publié dans Afrique , Fondements - Droits humains , International , Politique Mondiale , Zimbabwe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, actualité, zimbabwe, afrique, mugabe, droits humains