« UPM à Paris: pas besoin de tapis rouge | Page d'accueil | Réforme des institutions et régime consulaire »
16.07.2008
Le coût exorbitant de l’impuissance
En créant l’« Union pour la Méditerranée », la France et l’Union européenne paient très cher, et semble-t-il en toute inconscience, pour s’assurer de leur impuissance sur la scène internationale.
Ainsi, par exemple, des analystes s’accordent-ils à dire que le Président syrien, Bachar el-Assad, n’a rien offert en échange de la réhabilitation qu’il vient de connaître, en ce sinistre 13 juillet, à Paris. Ils soulignent aussi qu’il est sans doute vain d’attendre quoi que ce soit de ce despote.
Pourtant, c’est au nom d’éventuels gains géopolitiques et économiques que le Président Français – avec la complicité de l’UE - a décidé de l’accueillir pour lancer avec lui de nouveaux partenariats. Ainsi, nos responsables politiques ont décidé de faire passer ce dictateur du statut de Chef d’Etat criminel - et facteur de déstabilisation dans la région qu’il domine -, à celui de personnage respectable, dont les avis comptent pour les démocraties.
Que dire, donc, de sa présence et de celles du dictateur algérien Bouteflika, du tyran égyptien Moubarak, et du redoutable despote tunisien Ben Ali, sur les Champs-Élysées, à Paris, le jour de la fête nationale - censée symboliser la victoire du peuple et des droits de l’homme sur les tyrans de toute nature ?
La France propulse une internationale des dictatures en se cachant derrière des alibis économiques et géopolitiques. Malheureusement, elle y entraîne les autres pays de l’UE, et des démocraties comme Israël et la Turquie.
L’« Union pour la Méditerranée » est présentée par certains en pendant et en miroir de l’Union Européenne, en toute méconnaissance de l’histoire et de la signification de cette dernière.
Ainsi, des commentateurs estiment – en ignorant royalement les ressorts à l’origine de l’avènement de l’UE -, que comme pour la constitution des Communautés européennes, il est question avec l’« UPM » de développer des partenariats économiques. Et ce avant de, peut-être, voire la paix et la démocratie s’épanouir dans l’ensemble régional que le Président Sarkozy prétend constituer (sic).
Pourtant, les pays à l’origine de la constitution de l’UE étaient et demeurent des démocraties, respectueuses de l’Etat de droits et des droits humains. Il en est allé ainsi de tous les Etats qui les ont rejoints. De plus, l’Allemagne et la France se sont unies dans le cadre d’un pari d’une extraordinaire ambition : faire régner la paix entre ces deux entités politiques qui n’avaient cessé de se déchirer durant des décennies - une paix démocratique.
L’« UPM » et l’UE n’ont rigoureusement RIEN à voir entre elles, que ce soit dans leurs attendus, dans leurs modalités de création, ou dans leurs objectifs. Le prétendre, et surtout impliquer les démocraties d’Europe dans cette mascarade, permet de jeter le trouble.
Le risque pris ici est de brouiller encore davantage les frontières entre Etats démocratiques et dictatures. Ces dernières maintiennent au pouvoir des usurpateurs à coup de peur, d’actes de violence et d’emprisonnement. Nous leur offrons avec l’« UPM » une aura de légitimité démocratique, cette aura dont ils sont si friands puisqu’elle leur est un moyen de rester au pouvoir.
A ce rythme-là, il n’est peut-être pas si loin le temps où l’on viendra nous expliquer que la démocratie et l’Etat de droit qui nous protégent sur nos territoires européens sont old fashion, et devraient être sacrifiés à plus d’« efficacité » économique et géopolitique. D’ailleurs, la rupture d’égalité entre citoyens en matière de respect des droits humains est déjà à l’œuvre au sein de l’UE.
Les Roms sont fichés comme des bêtes en Italie. En France, les détenus sont traités comme des animaux à parquer sans soin, et les conventions bilatérales permettent de traiter une égyptienne présente sur le territoire français ou une française d’origine marocaine comme un bien meuble. Pense-t-on vraiment que ce genre d’ « exceptions » n’est pas susceptible de faire tâche d’huile ?
Pour revenir à l’ « UPM », il importe par exemple de souligner – encore – que les moyens de l’action diplomatique sont extrêmement variés et subtils. A n’en pas douter, il était possible de reprendre langue avec le pouvoir syrien de manière très différente - d’une manière beaucoup moins brutale et dramatiquement compromettante pour les démocraties que celle impliquée par le choix de Nicolas Sarkozy.
Par ailleurs, il nous revient de nous demander quelle véritable portée peut bien avoir la présence conjointe et assortie de poignées de main amicales d’Ehoud Olmert et de Mahmoud Abbas, alors que le premier est en train de perdre toute crédibilité dans son pays du fait des soupçons que fait peser sur lui la justice de son pays ?
Quels que soient les très nombreux objectifs géopolitiques qu’il est question de poursuivre avec la création de l’ « UPM », on peut être certains que le fait de conforter des dictatures est une erreur - sur le long terme notamment. En effet, les Etats qui traumatisent les populations qu’ils prétendent gérer ne sont que des facteurs de déstabilisation en puissance. Ils le sont notamment parce qu’ils sont à même de générer des mouvements activistes désespérés et terroristes : c’est à la terreur d’Etat que répond souvent la constitution de ces derniers.
Les dictatures sont aussi des menaces à la paix et aux démocraties régionales parce que ce ne sont pas des interlocuteurs fiables. Obtenir leur soutien revient en général à fermer les yeux sur leurs entreprises déstabilisatrices auprès des rivaux et entités politiques qui les menacent. Or rien ne les menace davantage que les valeurs démocratiques.
En créant l’ « UPM », l’Union européenne se met en danger, pour rien. Elle achète de l’impuissance au prix fort. Aujourd’hui, on se demande quel pourrait bien être son rôle sur la scène internationale – elle qui est supposée être un phare des droits humains pour le reste du monde.
Comment peut-on supposer avoir une quelconque crédibilité et efficacité contre le tyran Mugabe quand on oublie ses propres victimes et que l’on embrasse en toute amitiés les pires des dictateurs ?
11:55 Publié dans Afrique , Fondements - Droits humains , France , International , Politique Mondiale , Syrie , Tunisie , Union Européenne , Union pour la Méditerranée , Zimbabwe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, actualité, europe, Tunisie, France, union européenne, droits de l'homme















