06.10.2008
Pas de cet oeil-là
Dans la rubrique « Mon oeil » de Marianne 2, un article revient sur la « une » du journal Le Parisien du jeudi 2 octobre 2008. En effet, cette « une » annonce « + 30 % de femmes battues ». La journaliste de M2 remet en question le bien-fondé de présenter ce pourcentage en première page: ce chiffre a un effet « choc » auquel elle réagit en en minimisant de fait la portée.
Contestant apparemment un choix éditorial, on peut se demander si la journaliste ne tend pas à rétablir dans son article une vision du monde que l'énoncé de ce « + 30 % » tend à déranger passablement. En effet, et quoi qu'en ait Bénédicte Charles, ce chiffre met en évidence à quel point la violence contre les femmes a été dramatiquement sous-estimée en France et ce depuis de longues décennies.
Ce « + 30 % » signifie quelque chose, qu'il soit présenté en « une » - « à la hussarde » -, ou en dernière page du quotidien. Ce pourcentage est le résultat de la mise en place – sur plusieurs années - de dispositifs qui vont dans le bon sens, et de la libération – très relative – de la parole des femmes violentées.
Que le chiffre annoncé ne traduise pas nécessairement une augmentation en flèche du phénomène dénoncé – pour autant que l'on sache - ne change rien à sa signification. Il nous donne à voir que l'ampleur et le caractère répandu des violences que certains hommes exercent contre la femme qui partage leur quotidien renvoie pour nous à la face cachée d'un très gros iceberg.
Sans doute pour rétablir une certaine vision du monde, la journaliste tend à affirmer le côté dérisoire - parce qu'excessif - des 30 % en question. A propos de ce chiffre, elle demande : « Les hommes sont-ils devenus des fous assoiffés de violence qui se défoulent sur leurs conjointes? ». La formulation de la question semble quelque peu ironique.
Et de continuer plus loin: « Les hommes se seraient donc subitement mis à battre leurs épouses et concubines comme plâtre ». Nous sommes tenté-e-s de lui répondre qu'en fait non – et comme elle le sait assurément -, c'est depuis très longtemps qu'une partie malheureusement conséquente de la population masculine – héritière des vestiges d'un système patriarcal et responsable de son choix d'asséner la violence – estime « normal » de battre la femme qui partage son quotidien. Le chiffre mis en « une » par Le Parisien ne fait que remettre quelques pendules à l'heure.
Un autre argument de l'article en question exprime ce qui semble être le désintérêt qu'éprouve l'auteure pour la réalité du problème évoqué. En effet, il est fait référence à une « explication nécanique » pour éclairer la hausse des statistiques relatives aux violences faites aux femmes. Or comme on en vient à considérer les violences conjugales dans toute leur sordide réalité, il n'y a de fait rien de bien surprenant que les « couples pacsés », les « anciens conjoints, concubins et compagnons » soient également pris en compte par la loi, et donc par les statistiques.
Par contre l'affirmation selon laquelle « il est bien plus facile de déposer plainte contre son ex » est très surprenante, ou déplacée. Elle fait assurément preuve d'une méconnaissance – ou d'un déni – de ce que signifie pour une femme – pour une victime – de quitter le conjoint ou le concubin qui la violente. C'est bien là que se trouve l'enjeu pour ces femmes brisées: quitter leur bourreau. Et si elles n'y parviennent pas, on peut être sûr-e-s que ce n'est pas parce qu'elles aiment se faire « massacrer la gueule ».
11:35 Publié dans Femmes, Fondements - Droits humains, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, violences, femmes, marianne 2, droits humains
















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