30/09/2008

Une clarté aveuglante

Dans un excellent éditorial de la revue Diplomatie (septembre-octobre 2008), Alexis Bautzmann traite des relations UE-Russie. Il y revient notamment sur deux points qui pour être d'une clarté lumineuse ne semblent que très peu pris en compte par les responsables politiques qui pèsent dans les processus décisionnels européens.

Ces deux points sont les suivants: « (...) seule la plus stricte fermeté (même symbolique ou limitée à des contraintes économiques) est à mêmes de limiter les vélléités de puissance de la Russie »; et « L'Union Européenne dispose d'atouts non négligeables dans ses relations avec la Russie, dont elle constitue le principal débouché économique ».

Cela semble très évident. Par conséquent, on ne peut être qu'effaré de voir le Président de la République française capituler et promouvoir un espace économique UE-Russie en remerciement pour la manière dont les siamois Medvedev et Poutine ont écrasé la Géorgie et piétiné le droit international.

Il y a là de quoi désespérer Condolezza Rice qui, malgré ses responsabilités dans une administration américaine dont la politique étrangère a été lamentable à un certain nombre de titres, a le bon sens de rappeler la nécessaire solidarité – raisonnée – entre EUA et UE vis-à-vis de la Russie.

12/08/2008

Capitulation

Une démocratie pro-européenne - francophile -, alliée de l'OTAN, est en train de se faire écraser par la botte russe et l'Union européenne reste de marbre. La France prétend à la neutralité. Elle fait galoper un peu partout son Ministre des affaires étrangères avec des offres de médiation. Il doit les soumettre pour approbation aux tyrans qui foulent au pieds tout ce que représentent nos démocraties. Pourtant, c'est aussi la France, l'Allemagne, l'Angleterre, etc., que les would be Csars veulent forcer à mettre un genou en terre. Leur main de fer - servie par un gant de plomb - se ressent dans leurs nauséeuses affirmations selon lesquelles le gouvernement de Saakachvilii serait génocidaire.

Le Président Sarkozy lui-même est allé à la rencontre des tristes sires Medvedev et Poutine pour les caresser dans le sens du poil, ces dictateurs maîtres ès violence - il est vrai que le Président français s'est déjà déplacé pour moins que cela, et dans des contextes tout aussi dévastateurs et humiliants pour notre démocratie. Seuls les États-Unis haussent le ton, quoique tardivement. Même si la dictature russe décide de ne pas aller jusqu'à conquérir la Géorgie, elle aura gagné cette guerre. L'issue de ce conflit est en effet le fruit des reculades, renonciations et lâchetés des démocraties occidentales, et avant tout de celles de l'Union européenne. Cette communauté d'État s'est volontairement soumise et mise hors du coup, plus sûrement que n'auraient pu le faire les Poutine et Medvedev par la menace et la contrainte.

02/05/2008

Main de fer dans gant de velours

967670ce90af87244d5a2f9075ea6cd2.pngLes manœuvres de l’oligarchie russe en Abkhazie, le drone géorgien qu’elle a récemment fait abattre, sont autant d’éléments qui doivent renforcer la détermination des démocraties occidentales à protéger la Géorgie, et l’Ukraine. Elles doivent les intégrer à leur cercle.

Ces deux pays ont réussi de remarquables révolutions faisant mentir un quelconque pessimisme historique . Nous partageons avec eux une fraternité en démocratie, même si leur quotidien est plus heurté que le nôtre.

Il faut donc rester rigoureux dans la volonté d’intégrer la Géorgie et l’Ukraine à l’OTAN – intégration qui leur a été promise. Il ne s’agit pas d’attendre complaisamment que la Russie ait trop bien bougé ses pions pour que cette intégration s’avère un jour impossible.

La prudence est de mise pour faire de ces Etats des pays officiellement candidats à l’OTAN. Elle est nécessaire. Mais l’administration Bush a raison de soutenir fermement cette intégration.

Nous pouvons cependant déplorer que l’Union européenne ne soit pas la puissance politique et militaire qu’elle devrait être. La sécurité et la pérennité des démocraties géorgienne et de ukrainienne sont des enjeux cruciaux pour elle.

Pour être à la hauteur des intérêts stratégiques qui la concernent le plus directement, l’UE devrait être à même de leur offrir au minimum une protection militaire, et sans doute une intégration politique.

27/11/2007

Appropriation de l’espace public russe par Vladimir Poutine, un marqueur de la tyrannie

L’espace public en Russie n’est plus public : il est privatisé par Monsieur Poutine pour Monsieur Poutine.

La rue est devenue un terrain de safari privatisé pour chasser les « chacals » (1) , nom donné par le Président russe à ses opposants politiques. Certes, cela fait un moment déjà que les boulevards sont devenus un espace de chasse pour des groupes ultranationalistes. Ils s’en prennent depuis belle lurette et en toute impunité aux personnes de couleur et aux individus dont les traits peuvent rappeler ceux des Tchétchènes.

Le peuple russe ne peut plus arpenter ses rues et ses trottoirs pour mettre pacifiquement l’accent sur un désaccord politique sans craindre la bastonnade et l’emprisonnement. L’opposition politique ne peut afficher sur les murs les slogans politiques qui lui semblent appropriés pour faire campagne pour les législatives à venir. A Saint-Pétersbourg notamment le parti Iabloko, prééminent avant l’ère « Poutine », se heurte à des impossibilités en forme d’impasses.

Dans cette droite ligne, le week-end du 24 au 25 novembre 2007 a été un week-end de répression. Ces jours sombres ont notamment vu l’embastillement et/ou la bastonnade des personnalités politiques de l’opposition les plus en vue. Elles avaient pour point commun de vouloir descendre dans la rue pour manifester pacifiquement contre ce que l’on doit considérer comme l’instauration des fondations d’une dictature en Russie.

A Moscou, Monsieur Gary Kasparov, très célèbre joueur d’échecs et fondateur du parti L’Autre Russie, a été emprisonné alors qu’il manifestait pour dénoncer la mascarade des législatives à venir ; à Nazran, Oleg Orlov, le Président de l’ONG Memorial a été enlevé, battu et relâché, alors qu’il s’apprêtait à participer à une manifestation dénonçant la violence accrue des forces de police envers la population ; à Saint-Petersbourg, ce sont Boris Nemtsov et Nikita Belykh, dirigeants du parti SPS qui présente des candidats aux législatives, qui ont été molestés au cours d’une autre manifestation (2). Et on ne parle pas du sort des citoyens « lambda »…

Les manifestants réunis autour de Gary Kasparov étaient calmes, civiques et responsables, jusqu’à ce que les barbares leur tombent dessus à coup de matraques. Ils les ont attrapés par les bras et parfois les jambes, pour les fourrer dans des fourgons, ces cages sombres émissaires et véhicules du pays où l’on arrive trop souvent en Russie - celui de la dénégation des droits humains et civiques. A ceux qui sont enlevés à leurs vies, fut-ce pour quelques heures, et qui partent dans ces fourgons, s’impose une perspective très plausible et très probable : un jour, ces camions seront ceux d’un aller simple dans les déserts glacés des geôles pour prisonniers d’opinion.

L’espace public n’est plus public en Russie. Il est occupé, réservé à un gang, à une bande de criminels politiques. Ils ont une organisation de jeunesse ces sinistres compères, les « Nachi », les « nôtres ». Les leurs, donc, adeptes de démonstrations de force et de xénophobie ultra-nationalistes, ont décidé qu’ils occuperaient les places jadis publiques pendant la période des élections législatives. Ils s’entraînent (3) . Jeunes et vigoureux, patibulaires à souhait, intimidants, ils donneront une teinte très particulière à la « consultation » à venir.

Peur et soumission, quel programme électoral !





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(1) Cf l’article du Figaro daté du lundi 26 novembre 2007 : « Le Maitre du Kremlin accentue la chasse aux « chacals », Fabrice Nodé-Langlois.
(2) Article cité.
(3) Cf. Marie Jégo, « Les Nouvelles Brigades du Kremlin », in Le Monde, 23/11/07.

15/10/2006

Toujours la Georgie

medium_rubens_david_goliath_grt.jpg On bondit en lisant cet encart dans Le Figaro du 14/15 octobre 2006 : « Géorgie. Le Conseil de sécurité de l’ONU a mis la Géorgie en demeure, hier, de retirer ses troupes des gorges de Kodori, région montagneuse instable proche de l’Abkhazie. La Russie, à l’origine de ce texte, soutient les séparatistes abkhazes ». Avec le choix de la Russie de soumettre la Georgie à un blocus pour avoir arrêté des officiers-espions russes officiant sur son territoire, et pour désirer à toute force entrer dans l’OTAN, de s’ancrer à l’Ouest, cette mise en demeure semble est un point marqué par Poutine dans sa volonté de contrer la Georgie et les Institutions sorties de la Révolution des roses.

Il apparaît que les autorités Géorgiennes ont mis en péril un consensus acquis depuis 1994, année où ont pris fin les hostilités armées entre elle et les indépendantistes abkhazes soutenues par la Russie. Ce consensus veut qu’elles n’interviennent pas militairement dans la zone des gorges de Kodori. C’est un jeu dangereux que le Président Saakachvili joue là. Sa volonté ; Ô combien compréhensible, de faire rentrer son pays dans l’OTAN irrite terriblement les Russes, Russes que l’Occident ne souhaite pas froisser, pour des raisons diverses. Rajouter de l’huile sur le feux en allant dans les gorges de Kodori, fut-ce pour une cause qui peut sembler légitime, n’est pas très raisonnable.

La preuve en est cette résolution, qui prie de surcroît la Georgie de cesser ses provocations envers la Russie, l’arrestation des officiers russes sur son territoire étant considéré comme une telle provocation. Cette requête est assez choquante, quand on sait ce que certains membres du Conseil de sécurité (d’insécurtité ?) font à ceux qu’ils identifient comme étant des espions. Si la Georgie a dramatiquement manqué de prudence, certains Etats dotés du droit de veto, la France en tête, font preuve d’une faiblesse critiquable.